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jeudi 12 janvier 2012

Complétement subjectif, forcément incomplet

Un simple top de ce que l'on pouvait voir de meilleurs sur de grandes toiles blanches dans des salles obscures en l'année de crise 2011 selon Gaëtan.


OVER THE TOP :

Il était une fois en Anatolie (Nuri Bilge Ceylan)

Donoma (Djinn Carrénard)

Drive (Nicolas Winding Refn)

CINQ AUTRES FILMS :

 Pater (Alain Cavalier)

Essential killing (Jerzy Skolimowski)

Pina (Wim Wenders)

La dernière piste (Kelly Reichardt)


Shame (Steve McQueen)

  INTERROGATION PERSISTANTE
:

Melancholia (Lars Von Trier)

The Tree of life (Terrence Malick)

AUSSI :
Tomboy (Céline Sciamma)
La guerre est déclarée (Valérie Donzelli)
Les contes de la nuit (Michel Ocelot)

HORS TOP (vieux machins rutilant ressortis à Paris, films vus dans des festivals obscurs, etc.) :

Le filet (Emilio Fernandez)

Deep End (Jerzy Skolimowski)

La vie au ranch (Sophie Letourneur)

La maman et la putain (Jean Eustache)

Dans le silence je sens rouler la terre (Mohamed Lakhdar Tati)

BOTTOM :
Ma part du gâteau (Cédric Klapisch)
Un amour de jeunesse (Mia Hansen-Love)
Les Hommes Libres (Ismaël Ferroukhi)

J'espère que j'aurais un jour le temps (et l'inspiration) d'écrire sur tous les bons films inscrit ici. En attendant, la Mangrove Impudente vous souhaite un année chaude et humide.

mercredi 30 novembre 2011

Gris : couleur chaude

LA GUERRE EST FINIE / Alain Resnais / France / 1966

A priori La guerre est finie parle de la résistance des communistes espagnol au pouvoir franquiste. Diego Mora (Yves Montand) s'exile en France pour organiser une grève générale en Espagne. Un personnage largemment inspiré par Jorge Semprun auteur du scénario, voix-off du film et écrivain engagé qui coordonna la résistance au régime de Franco de 1953 à 1964. Et pourtant...

J'adore les films d'Alain Resnais, mais là il ne m'avait pas habitué à être si gris. Il est parfois froid comme le marbre de Marienbad, sucrée comme un chanson populaire, coloré comme les herbes déchirant un béton trop sur de soi, enneigés comme Paris. Mais rarement gris. Le titre en même temps donne le ton. Si le guerre est finie ce n'est pas parce qu'elle est gagné, mais parce qu'elle est abandonné. Tous les militants du film semble sclérosé, embourbé dans de mornes discussions, ne rêvant d'une action pas plus ambitieuses que la grève générale que tous savent voués à l'échec. Le mythe du résistant est écrasé par le poids du quotidien, du mécanique. On rempli une voiture de tract dissidents tout en discutant, sans s'en rendre compte. Parce qu'il faut le faire. C'est nécessaire. Pourtant il y a l'amertume, résumé par ce passage et par le jeu d'Yves Montand


(Je dois reconnaître que je suis impressionné par la présence de ce bonhomme. Je ne l'avais vu dans aucun autre film à part comme tout le monde La folie des grandeurs. Et là il m'émeut, surtout à la fin, le dernier silence.)

Cependant attention, film gris ne veux pas dire mauvais, et Resnais sait toujours être joueur. Notamment comme toujours, grâce à un art consommé du montage, qui au détour d'un plan nous emmène dans l'esprit du personnage, s'imaginant qu'elle peut-être la fille qui lui a sauvé la mise à la frontière. Toutes les possibilités défilent sous nos yeux, tout un imaginaire que se déploie à l'improviste. Il nous intrigue comme le personnage est lui-même intrigué.

Non, en y réfléchissant bien, ce film n'est pas si gris. Il contient, et c'est rare chez Resnais, une scène d'un érotisme tendre. Oh, 44 secondes à peine, une goûte dans cet océan splendide. Yves Montand embrasse Geneviève Bujold, se dirige vers le lit, et lentement, après un regard tout s'efface littéralement. Il n'y a plus d'espace il n'y a qu'une sensation. Les mains d'Yves Montand qui se pose sur sa peau, un son qui languit, tient toute la scène à la force de sa note. Les jambes de Bujold ne finissent pas, belles traînées de chair dont on ne voie pas le bout. Ce dernier plan clos la scène.

Je pourrais vous la montrer, elle est sur YouTube. Mais je ne veux pas. Malgré mes mots maladroits, vous avez la chance de pouvoir encore la fantasmer.


Gaëtan

samedi 26 novembre 2011

Il faudra que je vous raconte mon voyage en Immémoire


"C'est cette image qui apprit à un enfant de sept ans comment un visage emplissant l'écran était d'un coup la chose la plus précieuse au monde, quelque chose qui revenait sans cesse, qui se mêlait à tous les instants de la vie, dont se dire le nom, se décrire les traits devenait la plus nécessaire et délicieuse occupation - en un mot, ce qu'était que l'amour. Le déchiffrement de ces symptômes bizarres vint plus tard, en même temps que la découverte du cinéma, si bien que pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables et qu'un film sans femme lui est toujours aussi incompréhensible qu'un opéra sans musique."

Chris. Marker in Immemory
Simone Genevois sur la photo.

(C'était un extrait choisi par Gaëtan)

dimanche 13 novembre 2011

Guérilla en coeur groggy


DONOMA / Djinn Carrénard / France / 2011 (sortie le 27 novembre)

Dès les premières images du films, une frontière saute. Entre l'écran et moi un mur vient de s'effacer, il n'y a plus de distance ou presque. Une incroyable impression de réalité. Le jeu des acteurs est d'un naturel hors du commun au cinéma, et plus encore dans le cinéma français. Même Cantet ou Kechiche ne l'avait pas saisi aussi bien. La caméra est à l'épaule, presque documentaire, à l'affut du moindre mouvement des personnages. L'empathie se crée surtout parce qu'en deux heures de film à peine, Djinn Carrénard crée des personnages denses, avec leur qualité et leur défaut, et surtout une zone d'ombre, d'inconnu. Il le leur laissent le temps de vivre, sans que rien de ce qui apparait à l'écran soit inutile au scénario. Ces personnages sont humains. Nous sommes au-delà du simple crédible que nous demandons à un film. Nous n'y croyons pas, nous y sommes. Mais dans Donoma, la réalité est utilisé comme un cheval de Troie qui entre lentement en vous, pour que la bombe de poésie qu'elle cachait en son sein explose plus fort encore.

Le film se tisse autour du thème le plus rebattu du monde, celui dont on n'attendait plus rien, parce que tout a déjà était dit n'est-ce pas : l'amour. Pas avec un grand A ? Non. Un petit alors. Non plus. Le mot ici englobe toute ses formes : l'amour passionnel et contradictoire de Dacio pour sa prof Analia, l'amour pour l'amour de Chris qui choisit Dama au hasard, l'amour fraternel de Salma pour sa soeur, et l'amour d'un Dieu toujours silencieux pour Rainé. Écrit ainsi on peux d'attendre à un film-thèse, explorant chaque facette de ces amours pour leur assigner une réponse définitive. Mais Djinn Carrénard est plus fin que ça. Il nous pose à la place cette question : que vas-t-on chercher à aimer l'autre ? Un idéal, le hasard, le souvenir d'un ancien amour ou peut-être un autre nous même ? Tous les personnages finissent dans cette inévitablement déçu. La faute aux différences sociales ? (D'ailleurs détail important à noter ici, c'est la première fois qu'un film qui se targue de montrer une mixité sociale, culturelle, et "raciale" le fait avec un naturel dément. Là encore, rien ne sens le préfabriqué). L'économie s’insère dans les relations humaines, les rongent les interrogent. Au détour d'une dispute, on rappelle que l'on est pas du même monde, que "Tu es une bourge", que "Tu n'es pas noir". Tout cela pour cacher qu'en réalité, ils ne savent pas communiquer. Même ceux qui rêvaient de s'aimer en silence ne se sont pas compris. Pourtant l'amour est encore là.

La poésie de Donoma ne vient pas contre-balancer ce propos, ni l'appuyer, il en précise l'impact : droit au cœur. Les gros plans des personnages que l'on croit presque volé, la texture d'une image faite avec un objectif cheap, la construction en flash-back discret construisant rythme, rime et cohérence au film. Des détails soudain incongrus : la prof d'espagnol avec une mallette pleine de jeton de casino quand elle propose un marché à son élève, les stigmates du Christ qui apparait sur l'athée, ou cette séquence là :



Ce qui est frappe, c'est l'absence de référence évidente. Les premiers films sont si souvent alourdis par l'ombre d'un cinéaste tutélaire, d'un point de repère. Ici il n'y en aucun. Kechiche peut-être ? A peine, il y a la même vérité, les mêmes personnages, mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Le seul point de repère que semble avoir Carrénard sont ses personnages. Comment se frotter à eux, comment les rendre toujours plus complexes, plus intéressants, plus vivants. Pour cela il prend des risques. Il se met en danger, bifurque, trébuche parfois, se relève toujours. Les quelques maladresses la force du final les emportent d'un coup sec. La réalisation prend aux tripes sans racoler et en quelques plans bien senti sais vous mettre groggy, qui fait qu'une fois le film allumés on tremble encore d'une émotion que l'on attendait pas.

Gaëtan


PS : Il est difficile de parler de Donoma sans passer par de sa méthode d'auto-production, car c'est ce qui lui vaux au générique son nom de film-guérilla. 150€ de budget de base, le reste demandé aux internautes via un site internet, la niaque des quinze personnes de l'équipe (acteurs compris) et de la débrouille du tournage jusqu'à sa diffusion en salle. Bref, une méthode purement do it yourself, mais un do-it-yourself qui ne veux pas se cantonner à un petit monde d'happy few comme c'était la cas du punk ou du cinéma expérimental. Ici l'équipe de Donoma est boosté par une ambition : faire du Cinéma, et le faire populaire. Dans le sens le plus noble du terme. Pour en savoir plus d'ailleurs passez sur leur site : http://www.donoma.fr/

Et au fait, il y a une analyse bien plus pertinente sur ce film dans les Cahiers du Cinéma ce mois-ci. Si jamais vous avez l'occasion de l'avoir dans vos mains, lisez-le.